vendredi 2 avril 2010

Homélie prononcée par le père Robert GUZABA a MUNGELA au Carmel St Joseph de Kinshasa



La célébration du jeudi saint nous rappelle le commandement nouveau donné par Jésus à ses disciples : « Faites cela en mémoire de moi » lors de la dernière Cène comme le montre clairement Saint PAUL dans le plus ancien récit de l’Institution de l’Eucharistie dans la deuxième lecture. Jésus donne un nouveau sens, une signification nouvelle à la manducation de l’agneau par les JUIFS au seuil de la nuit de leur libération. La pâque juive est un ordre donné par DIEU pour que le peuple se souvienne de la grande merveille nous rappelle la première lecture de ce jour. Il s’agit d’une loi perpétuelle d’un mémorial, un mémorial sacré. C’est un renouvellement privilégié des relations avec Dieu.
D’une manière similaire, JESUS commande à son Eglise d’ordonner des prêtres pour continuer à célébrer l’Eucharistie. L’Eucharistie est un mémorial de notre Rédemption, nous délivre du péché et rend présent le sacrifice du christ.
Le langage est bien pauvre pour expliquer, même approximativement, le mystère du jeudi-Saint. Mais il n'est pas difficile d'imaginer en partie les sentiments qu'avait Jésus en son cœur, lors de cette dernière soirée qu'Il passait avec les siens avant le sacrifice du Calvaire.
Pensez à l'expérience, si humaine, de la séparation de deux êtres qui s'aiment. Ils aimeraient être toujours ensemble, mais le devoir — quel qu'il soit — les oblige à s'éloigner l'un de l'autre. Ils désireraient rester ensemble et ils ne le peuvent pas. L'amour de l'homme, si grand soit-il, a des limites ; il a recours à un symbole. Ceux qui se quittent échangent un souvenir ; peut-être une photographie, avec une dédicace si enflammée qu'on est surpris que le papier n'en brûle pas. Ils ne peuvent pas faire davantage : les désirs des créatures dépassent tellement leurs possibilités.Ce que nous ne pouvons pas, le Seigneur le peut. Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait, ne nous laisse pas un symbole, mais la réalité : Il reste Lui-même. Il ira vers le Père, mais Il restera avec les hommes. Il ne nous laissera pas un simple cadeau qui nous fasse évoquer sa mémoire, une image qui tende à s'effacer avec le temps, comme la photographie qui rapidement pâlit, jaunit, et n'a pas de sens pour ceux qui n'ont pas vécu ce moment d'amour. Sous les espèces du pain et du vin, Il est là, réellement présent : avec son Corps, son Sang.
Chers frères et sœurs, il est souhaitable de prier pour nos prêtres, ceux qui ont reçu mandat d’agir in PERSONA CHRISTI en cette année dédiée au sacerdoce. Afin qu’ils soient des humbles serviteurs.
A l’exemple du Christ, le prêtre est le serviteur du Christ, au sens que son existence, configuré à Lui de manière ontologique, assume un caractère essentiellement relationnel : il est en Christ, pour le Christ et avec le Christ au service des hommes. Le sacerdoce est en vue du service et non d’une recherche effrénée d’être servi, applaudit et vénéré. Le sacerdoce est bâti sur le sacrifice, le renoncement, l’abnégation… Le prêtre doit incarner l’esprit de service à la logique du Christ : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » Mt 20,28
Voilà pourquoi Saint Jean dans l’évangile évoque la grande leçon d’humilité et de service que Jésus a bien voulu lier à son mémorial.
Puis il leur expliqua son geste : "Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous".
Faisons un retour historique du jeudi saint :
La cérémonie chrétienne du lavement des pieds existait dans beaucoup de communautés monastiques. On la trouve chez les moines irlandais au IVème siècle, puis il est passé en Angleterre. Le Jeudi saint, le roi Édouard d'Angleterre en 1320 lavait les pieds à cinquante hommes pauvres. Les rois de France lavaient eux aussi les pieds à douze pauvres. Cette cérémonie est appelée, dans le cérémonial des évêques, "mandatum" mot latin qui signifie commandement, parce que Jésus a dit en lavant les pieds de ces disciples "Je vous donne un commandement nouveau», celui de vous aimer les uns les autres. Le lavement des pieds est un geste qui parle de service, de communion, de pardon mutuel, de co-existence, d’unité. Ce geste donné par Jésus un exemple, une démonstration à réitérer. Il ne s’agit pas d’être lavé, mais de laver. D’accepter ce renversement des rôles dont Jésus lui-même à montré l’exemple.
Laver les pieds des autres, n’est pas une obligation, mais un chemin ouvert vers un bonheur à recevoir. « Jésus est parmi nous comme celui qui sert », là il confirme le leadership situationnel d’aider les personnes à grandir dans la liberté et la vérité.
Le Faites ceci en mémoire de moi, est un chemin de bonheur, de vie éternelle dans la mesure où nous nous lavons les pieds les uns les autres dans le respect et l’amour vrai. Car l’Eucharistie, le Christ qui se donne lui-même nous engage dans le mystère d’amour, dans un progrès d’une perfection d’où l’inscription à l’école d’ascèse spirituelle. L’ascèse nous convie à comprendre qu’il s’agit d’un labeur artisanal, d’une répétition, être attentif dans la participation réelle à la célébration de la sainte messe. Là que le prêtre renouvelle la mission du Christ d’ouvrir les consciences humaines à la vérité.
Que cet enseignement d’un mémorial sacré où Jésus se donne en sacrifice, en rançon pour la multitude des peuples, trouve écho favorable dans vos cœurs.

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